« La Bourse avait pour fonction de permettre aux entreprises de recueillir de l’argent auprès du public pour financer leur développement. Les petits porteurs adhéraient à leur projet ou faisaient confiance au banquier qui lui avait vendu leurs actions. Puis l’appât du gain a entraîné une spéculation qui s’est généralisée avec  l’appui des banques, lesquelles ont inventé des outils financiers permettant toutes sortes de paris sur l’évolution des cours, y compris en misant à la baisse ! On oublie que derrière les noms d’entreprises, il y a des gens qui travaillent qui y consacrent une partie de leur vie. Le cours de vos actions est directement lié aux perspectives de gains à court terme. Pour qu’il monte, la société doit publier chaque trimestre des résultats mirobolants. Or une société est un peu comme une personne, sa santé connait des hauts et des bas, et c’est tout à fait normal. Sauf que la compétitivité est devenue de plus en plus féroce et la santé de chacun est de plus en plus fragile. Une maladie permet de prendre du recul et de repartir vers un nouvel équilibre plus fort qu’avant. Encore faut-il l’accepter et être patient. Si vous, en tant qu’actionnaires niez cette réalité, alors la société niera ses difficultés, vous mentira, ou prendra des décisions qui généreront coûte que coûte des résultats flatteurs à court terme ; quitte à se mettre en danger à moyen et/ou le long terme.

Cette exigence de croissance entraîne une pression énorme sur tout le monde, du président au dernier entré des salariés, de même chez les fournisseurs… On en arrive à voir les sociétés en bonne santé licencier rien que pour maintenir ou accroître leur taux de rentabilité. Cette menace plane  dorénavant sur chacun d’entre nous, nous poussant dans un individualisme qui affecte l’ambiance entre collègues et l’atmosphère entre les membres d’une même famille. Au final nous nous retrouvons tous à vivre dans le stress. Le travail n’est plus un plaisir, alors que je suis convaincu qu’il devrait l’être. Nous ne referons pas le monde aujourd’hui. Quoique, Gandhi disait : « nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde » Et c’est vrai que, finalement, ce dernier n’est rien d’autre que la somme de chacun d’entre nous.

Je crois que le besoin d’évoluer est inscrit dans les gènes de tout être humain et qu’il ne demande qu’à s’exprimer, pourvu qu’il ne soit pas saboté par une exigence managériale qui nous pousse à résister pour nous sentir libres. Il s’agit de construire une société où le résultat serait le fruit de la passion que l’on mettrait dans son travail, plutôt que la conséquence d’une pression destructrice du plaisir et de l’équilibre de chacun. Chacun à droit au respect tant qu’il accepte de faire les efforts pour comprendre le monde qui  l’entoure et qu’il reste fidèle à ses devoirs de citoyens d’une République permettant la Liberté d’expression. Au contraire, quand on tire la couverture à soi, que l’on mène des discussions visant à mettre l’autre à genoux, on l’incite à en faire autant dès qu’il en a l’occasion. Au final, on se retrouve tous dans un monde compétitif où chacun cherche à faire perdre les autres. Et dans un tel contexte, tout le monde perd, forcément. On ne peut rien construire dans le conflit ou le rapport de force. Tandis que le respect invite au respect. La confiance invite celui qui la reçoit à s’en montrer  digne.

Ce projet n’est pas le doux rêve d’un utopiste. Je suis convaincu qu’une entreprise dont le fonctionnement repose sur des valeurs saines peut très bien se développer et générer des profits. Mais ce profit ne doit pas être recherché obsessionnellement comme un drogué cherche sa dose. Le profit est le fruit naturel d’une gestion saine et harmonieuse.

Alors  mesdames et messieurs les actionnaires, le choix vous appartient et c’est le type de satisfaction que vous allez ressentir au bout du compte. En maintenant votre désir d’accumuler des gains passifs, vous aurez la satisfaction d’avoir maximisé vos revenus, et peut être de partir un peu plus loin en vacances, d’acheter une voiture un peu plus grosse, ou encore de laisser un peu plus d’argent en héritage à vos enfants. En acceptant une gestion plus coopérative avec l’ensemble des personnes de l’entreprise, vous aurez la satisfaction de participer à une aventure fabuleuse : celle de la reconquête d’un certain humanisme dans les affaires. Et vous ressentirez peut-être chaque jour au fond de vous une petite lueur de fierté, la fierté d’avoir contribué à bâtir un monde meilleur, le monde que vous léguerez à vos enfants. »
(Ce discours est principalement extrait de l’excellent livre « Les Dieux voyagent toujours incognito » de Laurent Gounelle Ed. Pocket)(1)

Lire la suite…> Vers un paradigme d’universalité

(1) Psychologie Magazine en dit ceci : « Pages réjouissantes d’un roman à messages qui nous montre comment dépasser nos peurs et nos inhibitions »

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici