Quand les jeunes s’éveillent

J’étais récem­ment en dis­cus­sion avec des groupes de jeunes de 18 à 30 ans envi­ron dont l’agilité intel­lec­tuelle mani­feste n’a d’égal que leur vul­né­ra­bi­lité devant des médias raco­leurs se fau­fi­lant sur les réseaux sociaux acces­sibles de leur smart­phone. Les titres accro­cheurs des maga­zines  et autres « buzz » inter­net atteignent trop sou­vent une cible vul­né­rable. Malgré tout, bon nombre de jeunes sont capables d’exprimer brillam­ment des opi­nions poli­tiques, de droite comme de gauche, qui selon eux pour­ront résoudre les crises éco­no­mique et sociale actuelles. Cela montre qu’ils sont sou­cieux de leur ave­nir mais beau­coup d’entre eux ne savent pas par quoi com­men­cer pour vrai­ment chan­ger le monde qu’ils voient aller à la dérive. Sont-ils sim­ple­ment vic­times de cer­tains médias ? Ceux-là qui tentent de détour­ner leur atten­tion voire d’asservir le consom­ma­teur à une machine à faire du profit.

Repenser les modèles

Les débats avec ces jeunes ont amené les uns et les autres à réa­li­ser qu’on ne peut pas échap­per à des mesures impo­pu­laires pour sor­tir de la crise éco­no­mique mon­diale, mais en même temps ils réa­lisent que l’école a un rôle essen­tiel à jouer dans la for­ma­tion de l’intellect. Celui-ci ne demande qu’à être libéré des sché­mas sté­réo­ty­pés, à être éclairé sur les erreurs humaines pas­sées et pré­sentes, à être guidé par une pen­sée autonome.

Une demande de formation

 J’ai vécu en Asie et j’y ai ensei­gné à des ados et adultes pen­dant 20 années dans des lycées, uni­ver­sité et ins­ti­tuts de langues étran­gères. Au contact avec des col­lègues amé­ri­cains, euro­péens et asia­tiques, j’ai eu un aperçu de dif­fé­rentes méthodes d’enseignement en vigueur dans leur pays. A mon retour en France, consta­tant le niveau des élèves, je peux dire qu’il m’apparaît urgent de revoir les conte­nus et les méthodes de l’Education Nationale, de l’école élé­men­taire jusqu’au lycée. L’OCDE ne cesse de défendre l’idée que seul un inves­tis­se­ment mas­sif dans une Education de qua­lité, pilo­tée par des ensei­gnants bien for­més, bien payés et avec une moti­va­tion éle­vée, est à même de débou­cher sur une éco­no­mie dyna­mique, sus­cep­tible de prendre le train de la mon­dia­li­sa­tion et de la modernité.

Cette lourde ins­ti­tu­tion qu’est l’Education Nationale doit être asso­ciée à une édu­ca­tion popu­laire impli­quant davan­tage les parents. « L’enseignabilité » tout au long de la vie étant une clé du pro­grès indi­vi­duel et col­lec­tif. Une « école des parents » existe dans cer­taines villes de France sous forme asso­cia­tive, ani­mée par des volon­taires de quar­tiers et par des spé­cia­listes qui conduisent des conférences-débat. Chaque inter­ve­nant apporte ses connais­sances et/ou son expé­rience dans le domaine rela­tif au déve­lop­pe­ment humain et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les rela­tions parents-enfants. Ils per­mettent aux par­ti­ci­pants de mieux com­prendre des com­por­te­ments de l’individu évo­luant dans un envi­ron­ne­ment par­ti­cu­lier et d’aider ainsi à la réso­lu­tion de pro­blèmes sociétaux.

Alors tirer sur les poli­tiques de gauche ou de droite permet-il de mieux faire entendre des idées nou­velles? Plutôt que repro­duire les polé­miques récur­rentes dans les médias, il me semble plus ins­truc­tif de réflé­chir aux prin­cipes de base qui doivent gui­der nos choix de société future.

Les fran­çais, l’Europe et le Monde

Après les mesures d’austérité prise par des diri­geants poli­tiques cou­ra­geux, quel que soit leur bord, je com­prends bien que le mécon­ten­te­ment d’une par­tie des pro­duc­tifs tra­vaillant en France soit de mise. Je le vis concrè­te­ment aussi à tra­vers mon acti­vité en tant que tra­vailleur indé­pen­dant. Notre sacri­fice à tous sera fina­le­ment mieux appré­cié dès lors que des débats font appa­raître qu’un nou­veau sys­tème éco­no­mique et finan­cier est en ges­ta­tion pour l’avènement d’une société plus juste. L’ancien pré­sident de la répu­blique Valéry Giscard d’Estaing a estimé que le peuple fran­çais était «  indi­vi­dua­liste et extrê­me­ment tourné vers l’intérêt per­son­nel ». Selon lui, les  « Français ne peuvent pas se gou­ver­ner », mais  « quand ils sont bien gou­ver­nés, ils suivent ». Les tra­vers d’un peuple n’est pas une fata­lité et n’est pas irré­mé­diable. Je pense que l’esprit créa­tif de beau­coup de fran­çais et le savoir-faire déve­loppé par ses ingé­nieurs depuis des géné­ra­tions leur per­met une pro­duc­ti­vité éle­vée, ce qui  d’ailleurs défi­nit en par­tie la French Touch tant appré­ciée dans le mondeCertes, cela demande du temps pour faire prendre un tour­nant his­to­rique à un pays, mais plus on attend et plus dure sera la coer­ci­tion men­tale subie par les masses popu­laires qui subissent les dif­fi­cul­tés des chan­ge­ments en cours. Le chan­ge­ment est néces­saire, mais un pays est comme un tan­ker en mer : il ne peut pas virer de bord comme une vedette rapide, sur­tout quand il est chargé par des peuples d’origines diverses qui doivent se côtoyer dans une jux­ta­po­si­tion de sen­si­bi­li­tés comme en France où chaque groupe est atta­ché à son his­toire, à sa culture. Cependant les injus­tices sociales engen­drées par les crises aug­mentent rapi­de­ment et les indi­gnés tou­jours plus nom­breux et impa­tients repré­sentent une véri­table pou­drière pour le gou­ver­ne­ment qui tente de ral­lier les fran­çais sur les prin­cipes répu­bli­cains de la laïcité.

Les  récents choix poli­tiques pour la rigueur affectent direc­te­ment notre « stan­ding » de vie mais les socié­tés ayant atteint un niveau de PNB par habi­tant élevé ne sont-elles pas allées trop loin dans leur mode de consom­ma­tion ? Exemple : chaque année, les Français jettent en moyenne 20 à 30 kilos de nour­ri­ture par an, dont 7 kilos de pro­duits encore sous embal­lage a expli­qué le ministre délé­gué à l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, en marge du Sial octobre 2012, plus grand salon ali­men­taire du monde à Villepinte, près de Paris. Un com­por­te­ment qui pèse sur le por­te­feuille des ménages puisqu’il repré­sente une dépense inutile de 400 à 500 euros par an. A cela, il faut ajou­ter les tonnes jetées chaque année de pro­duits dits péri­més par les super­mar­chés qui veulent alors se rat­tra­per sur celui qu’ils prennent pour un con-sommateur en le fai­sant ache­ter des pro­duits dont il n’a pas vrai­ment besoin. Pendant ce temps « il y a un mil­liard de per­sonnes qui  se couchent le soir en ayant faim et ce nombre ne dimi­nue pas » affirme Jacques Attali fon­da­teur de PlaNet Finance, une orga­ni­sa­tion de Solidarité Internationale pré­sente dans 80 pays, qu’il a créée et qui est spé­cia­li­sée dans le déve­lop­pe­ment du micro cré­dit solidaire.

La hausse de la TVA fera peut être prendre conscience aux consom­ma­teurs fran­çais la néces­sité d’acheter mieux et de s’alimenter selon un mode plus conforme à la consti­tu­tion du corps humain, aux réels besoins de l’individu selon son acti­vité et l’endroit où il vit sur la pla­nète, et non pas en fonc­tion des publi­ci­tés, des lob­bies agri­coles et des dis­tri­bu­teurs cor­po­ra­tistes domi­nants la société de consommation.

Comprendra t-on  un jour que des petits agri­cul­teurs des pays du tiers-monde pro­duisent des ali­ments pour nour­rir la vache du riche euro­péen ou amé­ri­cain alors que leur rôle devrait être de nour­rir en prio­rité la popu­la­tion de leur région. Au lieu de cela, des popu­la­tions d’Afrique achètent du pou­let à bas prix sans savoir qu’il est élevé dans l’U.E., sub­ven­tionné par la Politique Agricole Commune de la Communauté Européenne!  Les Etats-Unis font la même chose en ven­dant de la viande de bœuf dans des pays émer­gents. C’est aussi par le dum­ping social que la Chine et d’autres pays du Sud-est asia­tique vendent des pro­duits à bas coût de pro­duc­tion dans le monde entier, fabri­qués par­fois par des enfants dans des condi­tions maté­rielles moyen­âgeuses. Rappelons que la Chine enre­gistre la pro­gres­sion du nombre de ses mil­liar­daires la plus éle­vée au monde et pos­sède la plus grande réserve moné­taire pen­dant que des popu­la­tions dans ce pays vivent encore dans la misère ou se font exploi­ter par des nou­veaux riches au ser­vice de mul­ti­na­tio­nales amé­ri­caines. La misère existe aussi dans les pays dit développés.

Pour évi­ter de telles inco­hé­rences et injus­tices qui n’ont pour but que le pro­fit maxi­mum, nos élites poli­tiques feraient alors bien de pla­ni­fier la seule « révo­lu­tion cultu­relle » appro­priée aux pro­blèmes d’aujourd’hui: celle de l’Education natio­nale. Il y va de la pos­si­bi­lité offerte aux plus jeunes de familles modestes de s’insérer dans la société sans pas­ser par la case précarité.

Pour sor­tir de la misère ou conti­nuer leur déve­lop­pe­ment, les peuples des pays pauvres ou émer­gents peuvent depuis quelques années avoir recours au micro cré­dit four­nit par des orga­nismes inter­na­tio­naux. pour obte­nir leur auto­dé­ter­mi­na­tion, ces popu­la­tions doivent sur­tout s’opposer à la cor­rup­tion de leurs diri­geants et récla­mer les moyens d’une édu­ca­tion pour tous leurs enfants et les jeunes adultes afin qu’un jour ils puissent trai­ter leurs affaires éco­no­miques à égal avec les com­pa­gnies mul­ti­na­tio­nales qui s’enrichissent sur leur labeur ou sur les richesses de leur sous-sol.

Y a-t-il un che­min déjà emprunté ?

 L’écologie ne date pas d’hier et les alter­mon­dia­listes tendent à une vision glo­bale de la situa­tion éco­lo­gique de la pla­nète mais leurs pra­tiques quo­ti­diennes sont-elles pour autant une réfé­rence des ver­tus qu’ils défendent? Par exemple devrait-on être végé­ta­rien pour être écolo? Parmi les mil­lions de végé­ta­riens dans le monde beau­coup le sont pour des rai­sons huma­nistes. En effet, il appa­rait de plus en plus évident que si on conti­nue le mode de pro­duc­tion inten­sive qui appau­vrit les sols et les mau­vaises habi­tudes de consom­ma­tion actuelles, on ne pourra pas nour­rir les 9 mil­liards d’habitants de la Terre d’ici 2030. Chacun en occi­dent et ailleurs doit se pré­pa­rer à des chan­ge­ments en profondeur.

Il s’agit non seule­ment de démon­ter les méca­nismes des inéga­li­tés, mais aussi de mieux com­prendre la psy­cho­lo­gie humaine, et l’évolution spi­ri­tuelle. Il est pos­sible d’entraîner son esprit à déve­lop­per une vision plus large, à uti­li­ser plus de res­sources de son cer­veau et de son cœur. C’est ce que font beau­coup de tra­di­tions qui mettent l’accent sur cet amour altruiste et la néces­sité de le déve­lop­per. Mais pour la plu­part d’entre nous cela semble réservé à une élite dite « spi­ri­tuelle ». Il n’en n’est rien, pra­ti­quer cet amour altruiste en se ren­dant utile aux autres, c’est sans doute la plus grande source de bon­heur et de joie.

L’amour se situe au-delà  de tout juge­ment de valeur de bien et de mal. Il doit s’appuyer sur le dis­cer­ne­ment et non sur le juge­ment. On a alors en mains les moyens de vivre plus en confor­mité avec notre véri­table nature humaine dont l’essence est pure joie de vivre qui soit durable dans l’amour uni­ver­sel. Cet amour qui inclut tous les ani­maux et les plantes en tant qu’être vivants. Etre véri­ta­ble­ment huma­niste c’est savoir mani­fes­ter cette nature. Il s’agit d’explorer un huma­nisme inno­vant, que Prabhat Ranjan SARKAR à nommé le Neo-humanisme(1).

Difficile d’y arri­ver, me direz-vous, dans un pays où des gens déses­pé­rés se sentent aigris et res­tent pas­sifs, bla­sés ou éter­nels râleurs voire cyniques, tels les indif­fé­rents, les mar­gi­naux volon­taires ou ceux qui ne pensent qu’à pro­fi­ter de tout en se fichant des consé­quences de leurs actes. On connait l’objectif suprême à atteindre : un huma­nisme renou­velé et étendu à tous les êtres vivants. A cha­cun de paver le che­min de ses bonnes inten­tions, de ses pen­sées dépous­sié­rées de toute croyance éri­gée en dogme, de ses actions concer­tées pour y arri­ver ensemble. Nombreux déjà sont ceux qui par la seule exem­pla­rité de leur com­por­te­ment, dans leur conduite irré­pro­chable, dans leurs actions soli­daires d’aide aux plus dému­nis de notre pla­nète, par­viennent à impo­ser le res­pect à tous, à ren­voyer les médi­sances vers les impuis­sants. Rejoignons ces per­sonnes qui, conscientes des pro­blèmes des autres et de la pla­nète, fini­ront par impo­ser une renais­sance uni­ver­selle néces­saire à l’avenir de l’humanité.

René Char écri­vait un che­min exem­plaire pour les temps que nous vivons : « Comment vivre sans inconnu devant soi […] Impose ta chance, serre ton bon­heur et va vers ton risque. A te regar­der, ils s’habitueront »

Lire la suite… > Bâtir une société de confiance

 

(1) Libérer l’intellect-Le nou­vel huma­nisme – Prabhat Ranjan SARKAR

Notes du Professeur Johan Galtung - Lauréat du Prix Nobel alter­na­tif en 1987:
« Deux doc­trines ont échoué lamen­ta­ble­ment depuis un siècle, le libre capi­ta­lisme de mar­ché et le socia­lisme d’État. La recherche est en cours pour quelque chose de mieux que ces deux sys­tèmes issus de l’Européanisme du 19e siècle. Cette recherche va nous conduire bien­tôt, entre autres, à Sarkar. Shri Prabhat Ranjan Sarkar s’imposera pro­ba­ble­ment comme l’un des véri­ta­ble­ment grands dans ce 20ème siècle, tel­le­ment plus pro­fond et ima­gi­na­tif que la plu­part. Il est un géant intel­lec­tuel de notre époque »

« La théo­rie de Sarkar est de loin supé­rieure à celle d’Adam Smith ou de celle de Marx » Johan Galtung, Founder UN Institute of Peace Studies

P.R. Sarkar était l’un des plus grands phi­lo­sophes modernes de l’Inde”  – Giani Zail Singh, for­mer President of India

 

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