LE DOGME

Comment les dogmes ali­mentent la peur

Les des­sins sati­riques, les croyances reli­gieuses, les partis-pris politico-économiques ; une guerre de valeurs ou la peur de chan­ger face à l’inconnu. Une réflexion sur la reli­gio­sité est néces­saire au regard de la situa­tion du monde et des actes de ter­ro­risme pour redé­fi­nir les atti­tudes qui per­mettent de construire un monde plus juste et fraternel.

Ils sont 17 à avoir perdu la vie les 7, 8 et 9 jan­vier 2015 à Paris dans les atten­tats per­pé­trés par des isla­mistes radi­caux fran­çais contre le jour­nal Charlie Hebdo et dans un super­mar­ché casher: huit jour­na­listes, dont des grandes plumes de cet heb­do­ma­daire, mais aussi de simples employés, des juifs ainsi que deux poli­ciers. Depuis la publi­ca­tion du jour­nal sati­rique Charlie Hebdo du 14 jan­vier on assiste à une flam­bée de mani­fes­ta­tions dans des pays isla­mistes contre Charlie Hebdo et contre les fran­çais. Je rejoins Edwy Plenel (Mediapart) qui dit : « Mon sou­hait serait que l’on arrête d’agiter des épou­van­tails car sinon on conti­nuera à pro­duire des monstres… Ces monstres sont le pro­duit de notre société » Alors, que faut-il chan­ger pour mettre fin à ces conflits vio­lents contre la France et ailleurs contre des repré­sen­tants défen­dant la liberté d’expression ?

C’est tout l’enjeu des suites à don­ner à la grande marche du 11 jan­vier 2015. La guerre a été décla­rée au régime de laï­cité qui est spé­ci­fique à la France. Ce régime-là s’est construit depuis des siècles. Quatre mil­lions de per­sonnes ont défilé côte à côte, que nous soyons musul­man, juif, athée, agnos­tique, scien­ti­fique, ouvrier, com­mer­çant pour pro­tes­ter contre ces actes de ter­reur, pour mon­trer son atta­che­ment à la liberté d’expression. Mais la liberté n’exclue pas la res­pon­sa­bi­lité d’un jour­nal qui à ses début s’adressait à une mino­rité de per­sonnes en demande d’humour noir et de des­sins sati­riques. Ce jour­nal qui était dis­tri­bué par un réseau res­treint se retrouve de nos jours sur inter­net à dis­po­si­tion de tous à tra­vers le monde. Ses jour­na­listes n’ont pas su s’adapter à un public qui n’a pas la culture du second degré.

Le manque de vision de la société peut  ame­ner à des atti­tudes dog­ma­tiques. Selon P.R. Sarkar « La chose qui porte le plus de pré­ju­dice à la société humaine et au pro­grès humain est le dogme. Quand il n’y a pas de logique, pas de sup­port à l’intellectualité, quand il n’y a pas de débat ou de vrai dia­logue mais seule­ment une sévère contrainte for­çant le peuple à accep­ter quelque chose, il y a pré­sence du dogme ». Le dogme peut s’immiscer dans toutes les sphères de la société, on l’a vu, il a conduit à des actes de ter­ro­risme. Ce n’est pas une guerre de reli­gions, c’est un choc des émo­tions du fait d’un choc des igno­rances. Des croyances sont éri­gées en dogme car elles sont consi­dé­rées comme fon­da­men­tales, incon­tes­tables et intan­gibles par une auto­rité poli­tique, phi­lo­so­phique ou reli­gieuse. Nous pou­vons oublier et par­don­ner à un indi­vidu pour ses folies, mais nous ne devons jamais oublier ni par­don­ner à un pro­ces­sus de pen­sée per­ver­tie ou un dogme et les auteurs de ces dogmes. Les croyances limi­tantes sont en train de miner l’âme humaine si nous n’y pre­nons pas garde. Pour arrê­ter cette guerre des croyances il fau­dra trou­ver les vrais endoc­tri­neurs de ces fous de dieu qui n’ont aucun pro­jet de société. Il en est de même pour ces fous de la finance qui vont jusqu’à finan­cia­ri­ser les res­sources natu­relles de notre pla­nète pour enfin domi­ner le monde. Chacun devrait se poser des ques­tions de savoir com­ment éra­di­quer les racines qui font agir et réagir l’humain d’une manière si peu rationnelle.

Comment s’installe la stig­ma­ti­sa­tion et la persécution

Tout le monde devrait com­prendre que chaque action engendre une réac­tion. Il faut faire face aux consé­quences pour le degré de dou­leur infli­gée sur d’autres. Ceci est une Loi Cosmique, expri­mée d’une manière ou d’une autre dans la plu­part des culture. Nous sommes tous res­pon­sables des évè­ne­ments tra­giques de notre monde car tout comme un indi­vidu, la société récolte ce qu’elle a semé, de l’élite au petit peuple, des élec­teurs à la majo­rité silen­cieuse. De nom­breux musul­mans se sentent stig­ma­ti­sés par des cari­ca­tures et à tra­vers elles, ils se sentent mal aimés voire reje­tés d’une par­tie de la popu­la­tion, laquelle s’est tour­née vers des par­tis poli­tiques ultra conser­va­teurs que l’on voit gran­dir dans de nom­breux pays de culture judéo-chrétienne. Les par­le­ments  sont com­po­sés d’élus dont la vision dépend de celle de leurs élec­teurs et ces der­niers voient leur inté­rêt per­son­nel à court terme. Ils sanc­tionnent les poli­tiques pro­gram­ma­tiques qui leur impo­se­raient des efforts à long terme envers la col­lec­ti­vité. Nous devrions avoir conscience que c’est par l’éducation popu­laire que l’on arrive à une meilleure inté­gra­tion des migrants dont notre éco­no­mie a besoin.

Les élec­teurs et les poli­ti­ciens se nour­rissent les uns les autres et ne se sou­cient pas assez de l’avenir alors que les res­sources de la pla­nète sont limi­tées et le mode de crois­sance éco­no­mique n’est plus adapté à la situa­tion du monde actuel. Les lea­ders poli­tiques se sentent obli­gés de faire rêver pour avoir la cote et les élec­teurs ont besoin de croire à quelque chose pour éra­di­quer la peur de man­quer et autres angoisses. Les élus enga­gés poli­ti­que­ment n’ont pas le mono­pole de la démons­tra­tion des blo­cages de la société fran­çaise, les lob­bies cor­po­ra­tistes, syn­di­caux, patro­naux, se livrent à ce sport natio­nal qui consiste à récla­mer des chan­ge­ments, sauf dans son propre jar­din. Chaque camp tire la cou­ver­ture à lui, les invec­tives fusent de tous bords poli­tiques lais­sant sur le bord du che­min un citoyen pétri­fié par l’incompréhension. Les per­sonnes qui en France disent que tout va mal à cause des étran­gers occu­pant notre sol sont sur­tout des gens qui relaient, sou­vent sans le savoir, un dis­cours mani­pu­la­teur pour qu’on se tourne vers les extrêmes : natio­na­lisme, dog­ma­tisme de gauche, ultra-libéralisme et tous ceux qui entre­tiennent les peurs pour vendre leurs jour­naux, leurs livres et leur poli­tique défaitiste.

Dans nos démo­cra­ties occi­den­tales, voter est un droit et un devoir de citoyen, c’est ne pas lais­ser les autres choi­sir à notre place. Le vote doit être une envie et pas une contrainte. Alors votez ou non, mais faites selon vos propres convic­tions muries à cœur et à rai­son pour construire un déve­lop­pe­ment humain sur le long terme et non pas sous l’influence émo­tion­nelle de par­tis qui man­quant d’idéologie huma­niste, flatte les plus bas ins­tincts. A cause de la poli­tique infan­ti­li­sante moti­vée actuel­le­ment par la recherche de béné­fices immé­diats, nous devrons culti­ver la rési­lience pour vivre dans notre société qui doit faire face à des dan­gers pla­né­taires de tous ordres.

La société à vision res­treinte pro­duit en une géné­ra­tion des tueurs, hybrides de la délin­quance, de l’islamisme radi­cal et du ter­ro­risme. Rappelons que l’islam est une reli­gion aussi res­pec­table qu’une autre alors que l’islamisme est un mélange mal­sain et dan­ge­reux de reli­gion et de poli­tique. Ces fana­tiques ne sont qu’une mino­rité qui en fait a peur de la démo­cra­tie. La confu­sion entre natio­na­lité, langue, culture, reli­gion, … règne dans l’esprit de beau­coup de per­sonnes aujourd’hui. Il est impor­tant de ne pas faire des amal­games pro­pices à l’islamophobie, laquelle est atti­sée par des par­tis de manière sour­noise et per­ni­cieuse dans un but élec­to­ral. Or, il existe plu­sieurs islams dans le monde : en Indonésie, il n’est pas le même qu’en Arabie Saoudite ni qu’en Afrique sub-saharienne. Nos com­pa­triotes musul­mans ne sont en rien comp­tables des actes ter­ro­ristes per­pé­trés par des mou­ve­ments tota­li­taires se reven­di­quant abu­si­ve­ment de l’Islam.

Il est évident que les flux migra­toires vont aug­men­ter par­tout dans le monde, la mixité est inévi­table. Il s’agit alors de com­prendre les dif­fé­rentes manières de pen­ser et de ten­ter de sau­ver le vivre ensemble en France et en occi­dent en géné­ral où se côtoient des cultures variées. Pour cela, il me semble impor­tant de resi­tuer les cli­chés de déclin de la France et de l’Europe dans la glo­ba­lité du monde d’aujourd’hui. Chacun doit refor­ma­ter son logi­ciel men­tal que les oracles de la déprime empêchent d’accomplir.

 

Réactualiser un débat oppo­sant la Nature et la Culture.

L’homme moderne a la pré­ten­tion de vou­loir tota­le­ment contrô­ler sa vie et son envi­ron­ne­ment à tel point que les capi­ta­listes neo-libéraux vont jusqu’à finan­cia­ri­ser les res­sources natu­relles de la pla­nète Terre. Or, c’est parce qu’il veut domi­ner le monde que le monde lui échappe et se révolte à tra­vers maints désordres natu­rels. Alors, faut-il attendre que les idées murissent vers plus de sagesse et que les com­por­te­ments changent par une évo­lu­tion lente des consciences au gré des évè­ne­ments tra­giques ? Ou fau­dra t-il une révo­lu­tion vio­lente, , pour créer plus de soli­da­rité et éta­blir un monde plus juste et plus pros­père ? Faut-il attendre le pire et peut être un bou­le­ver­se­ment du cli­mat de la pla­nète pour réagir ?

Les atten­tats montrent aussi un choc des igno­rances qui consiste à igno­rer l’autre. Il s’agit bien de valeurs cultu­relles s’opposant vio­lem­ment, de culture déter­mi­nant une Nature c’est-à-dire un tem­pé­ra­ment indi­vi­duel, une incli­na­tion, une apti­tude for­ma­tée, induite ou condi­tion­née, comme on le vou­dra, à com­prendre, rece­voir, ana­ly­ser ou inter­pré­ter par des canaux d’éducation reçue. Il y a par­fois des manières dif­fé­rentes de vivre et de com­prendre cer­taines véri­tés uni­ver­selles, sans pour autant les contre­dire. Cependant face au monde actuel rendu com­plexe par l’exposition des cultures et des cou­rants de pen­sées diverses dans les nou­veaux médias, nom­breux sont ceux qui se sentent seuls et décon­nec­tés de tout.

Sortons de l’indifférence, chan­geons notre com­por­te­ment face à toutes sortes de croyances qui sont soi­gneu­se­ment entre­te­nues par ceux qui mani­pulent les infor­ma­tions. Plus on rend les choses com­pli­quées et plus on renonce à la réflexion. Plus on dis­trait par des pseudo-informations et moins on a de temps pour com­prendre et les digé­rer vrai­ment. Elles sont dif­fu­sées par les films, les médias, les jeux vidéos, l’enseignement, et nous condi­tionnent à ne pas pen­ser de manière auto­nome et créa­tive, mais à ingur­gi­ter des véri­tés toutes faites et des modèles de pen­ser très limi­tés sur la vie. On arrive au sum­mum du dogme reli­gieux dans la tue­rie contre des cari­ca­tu­ristes et contre des juifs quand on apprend que la mise en pra­tique d’une croyance selon laquelle les tueurs isla­mistes morts en mar­tyrs sont pro­mis au para­dis avec la récom­pense d’être entou­rés de 70 vierges ! C’est à cause d’actes extré­mistes au nom de mou­ve­ments tota­li­taires et par des croyances dignes de l’obscurantisme du moyen-âge que s’installe la stig­ma­ti­sa­tion de l’islam.

Je veux sim­ple­ment rap­pe­ler que même si les reli­gions de l’Islam sont diverses, le Coran n’enseigne pas de telle absur­dité ni le pro­phète Mahomet n’a donné l’exemple de la haine et la vio­lence contre les humains. Face à un contexte reli­gieux où tout se brouille, les occi­den­taux ont ten­dance à som­mer les musul­mans de se démar­quer de l’islamisme. Cette atti­tude, aussi diplo­ma­tique peut elle être, exerce une sus­pi­cion légi­time que lorsqu’ils pra­tiquent leur foi d’une manière très reli­gieuse les musul­mans ont ten­dance à perdre le sens des réa­li­tés et que par nature ils auraient le devoir de se démar­quer parce que leur essence même ne le ferait pas naturellement.

Sur un autre plan, il est inté­res­sant de consta­ter que l’extrême condi­tion cli­ma­tique entraine des extrêmes au niveau des com­por­te­ments bio­lo­giques et psy­cho­lo­giques des humains. Durant 4 ans à par­tir de 2010, une séche­resse extrême en Syrie a amené des popu­la­tions à mani­fes­ter pour récla­mer des condi­tions de vie pos­sible pour les plus pauvres. Les dif­fi­cul­tés du dic­ta­teur diri­geant ce pays à main­te­nir l’ordre dans sa popu­la­tion en révolte a créé des cir­cons­tances favo­rables à la guerre de reli­gion que l’on y voit actuel­le­ment. Ainsi le mou­ve­ment ter­ro­riste Daesh vole les den­rées appor­tées par les orga­ni­sa­tions d’aide huma­ni­taire inter­na­tio­nales et la redis­tri­bue pour s’attirer les faveurs de la popu­la­tion locale .

Les croyants fana­tiques, en vou­lant vivre leur foi inten­sé­ment essaient de mani­pu­ler le divin pour satis­faire leurs désirs et que leur tra­vail soit fait selon leur volonté laquelle est en fait mue par la peur. « Si vous avez la foi en Dieu seule­ment pour le plai­sir d’avoir vos désirs satis­faits, alors ça ne mar­chera tout sim­ple­ment pas ». (Sri Ravi Shankar). Quand le culte exté­rieur est une contrainte, il tend à domi­ner la pen­sée créa­tive et peut per­tur­ber les conve­nances sociales à tel point que ces reli­gieux ont peur d’être mis en défaut sur leur idéo­lo­gie dog­ma­tique. Il me semble que l’intériorisation est plus impor­tante par exemple en met­tant en pra­tique le pou­voir du moment pré­sent, elle per­met de vivre plus serei­ne­ment sans tom­ber dans le schéma auto­ma­tique de la souf­france, des peurs et des jugements.

Généralement, nous n’avons pas conscience de la por­tée de nos pen­sées, de nos sen­ti­ments et de nos paroles. Quels que soient les phé­no­mènes glo­baux et les idéo­lo­gies de nature tota­li­ta­ristes, il ne faut pas céder à la peur. L’histoire montre que la peur tue plus que la guerre. Il s’agit alors de SE recons­truire sur des bases spi­ri­tuelles saines pour construire l’avenir du monde car «les évè­ne­ments et les cir­cons­tances de votre vie reflètent très exac­te­ment les pen­sées et les sen­ti­ments que vous émet­tez au cours de vos jour­nées. Ils en sont la pro­jec­tion directe (…) Le dés­équi­libre émo­tion­nel de la pla­nète est créé par nos pen­sées col­lec­tives» ainsi s’exprime le doc­teur Alain Boudet(1). Certes, c’est dif­fi­cile à com­prendre dans des cir­cons­tances tra­giques, mais pour­quoi attendons-nous que le pire arrive ? Pourtant selon le prin­cipe que l’on récolte ce que l’on sème, on peut voir des traces du futur dans l’évolution des socié­tés jusqu’à leur état pré­sent. Savoir et igno­rer est pire que l’ignorance elle-même.

La prin­ci­pale perte de l’humanité est le bris de la connexion entre l’âme et l’esprit. Devenir obser­va­teur de ses propres pen­sées, ça s’apprend. En cal­mant notre petit esprit indi­vi­duel on peut mieux « habi­ter » notre corps. Cette enve­loppe phy­sique nous est don­née par la Nature, utilisons-la comme base pour construire une nou­velle culture de l’esprit en pra­ti­quant la conscience du moment pré­sent. Cette médi­ta­tion vous aidera à accé­der à une source d’amour, de beauté et de joie qui vous libérera.

 

 Dans quel monde voulons-nous vivre ?

La chute du com­mu­nisme nous rap­pelle qu’un monde trop en contra­dic­tion avec les aspi­ra­tions pro­fondes de l’homme peut s’effondrer sans pré­ve­nir. On peut dire la même chose de la société capi­ta­liste libé­rale actuelle qui entraine le déra­ci­ne­ment des peuples, brouille les repères de civi­li­sa­tion, enraye les méca­nismes de la trans­mis­sion cultu­relle et condamne le poli­tique à l’impuissance. Même si on constate que les ten­sions mon­diales sont en train de s’exacerber et qu’il y a un sen­ti­ment de la fin d’un monde, notre civi­li­sa­tion ne meurt pas, elle évolue.

Les ten­sions mon­diales sont en train de s’exacerber. Certes, il est dif­fi­cile de se pro­je­ter dans l’avenir mais les forces poli­tiques n’ont pas conscience de la néces­sité d’un nou­veau mode de déve­lop­pe­ment, on le constate par exemple face au chan­ge­ment cli­ma­tique. Les éco­lo­gistes prag­ma­tiques appellent au chan­ge­ment de conscience pour une nou­velle façon de vivre sur cette terre. Or le capi­ta­lisme finan­cier actuel n’est plus tenable pour per­mettre la crois­sance selon un mode res­pec­tueux de la pla­nète, du moins sans des règles mon­diales stric­te­ment appli­quées par tous. Ces règles sont loin d’être appli­quées sur l’évasion fis­cale à grande échelle telle que les géants de la nou­velle éco­no­mie la pra­tiquent. L’argent spé­cu­la­tif non uti­lisé dans l’économie réelle creuse l’écart des reve­nus entre les pri­vi­lé­giés et le reste du monde, appau­vrit les classes moyennes, et affai­blit les fon­da­tions de nos socié­tés. Et si le prix à payer était la mort des démocraties ?

N’est-ce pas une folie de notre monde que 85 per­sonnes les plus riches du monde pos­sèdent autant de biens et de richesses que la moi­tié de la popu­la­tion mon­diale (3,5 mil­liards de per­sonnes). « La part du patri­moine mon­dial détenu par les 1% les plus riches est pas­sée de 44% en 2009 à 48% en 2014, et dépas­sera les 50 % en 2016″(Etude Oxfam non contes­tée). Ces inéga­li­tés sont un venin qui affai­blit la démo­cra­tie. Les peuples ne vont pas les sup­por­ter conti­nuel­le­ment. Ce n’est plus un secret, l’argent influence le pou­voir poli­tique et les peuples délais­sés ne pour­ront se faire entendre que par la vio­lence ver­bale et phy­sique ou en votant pour des par­tis extré­mistes. Le peuple espère qu’une volonté immense puisse ren­ver­ser le cours des choses. Il attend du poli­tique qu’il adou­cisse le déclin de nos socié­tés qu’il res­taure les cadres poli­tiques et cultu­rels sans les­quels la cité n’est plus pro­tec­trice, sans les­quels, en fait, elle se retourne contre l’homme.

Les diri­geants du monde éco­no­mique n’ont de vision que la finance et le ren­de­ment à court terme pour eux-mêmes et leur cercle d’intérêts par­ti­cu­liers. Nombreux parmi eux font de la spé­cu­la­tion avec de l’argent vir­tuel et pro­fitent des énormes béné­fices engran­gés dans leurs socié­tés off­shores pour se sous­traire à l’impôt. La poli­tique de nom­breuses grandes com­pa­gnies est plu­tôt de licen­cier du per­son­nel et faire du béné­fice pour mieux rému­né­rer leurs action­naires au détri­ment de l’investissement dans la recherche et le déve­lop­pe­ment de nou­veaux pro­duits. Même si parmi les entre­pre­neurs on trouve quelques phi­lan­thropes, sou­vent d’inspiration chré­tienne, l’histoire montre que les hommes de pou­voir qui ont voulu tenir le monde à leur façon, l’ont fina­le­ment perdu. Les prin­ci­paux pro­blèmes du monde d’aujourd’hui ont pour cause les prouesses intel­lec­tuelles des per­sonnes atteintes de mau­vais esprits, comme le sont les lob­bies de grandes com­pa­gnies qui font du copi­nage avec les poli­tiques, cha­cun vou­lant pré­ser­ver leurs inté­rêts et leur pou­voir. C’est en fait de la reli­gio­sité qui revêt des expres­sions variées et s’immisce dans tous les domaines.

De nom­breuses études en psy­cho­lo­gie et en socio­lo­gie montrent que les per­sonnes qui ont des convic­tions pro­fondes ne changent pas d’avis même lorsque les évi­dences d’un monde qui a changé sont devant leurs yeux. Prenons par exemple les fonc­tion­naires de la Troïka (FMI, BCE et Commission Européenne), ils veulent gar­der leur contrôle sur les ins­ti­tu­tions, même avec une vision du monde étroite et dépas­sée. Pour eux, les déci­sions du sec­teur privé sont tou­jours bonnes, celles du sec­teur public tou­jours mau­vaises. Leur pou­voir d’influence sur la vie de mil­lions de gens dans toute la zone euro s’explique pro­ba­ble­ment parce qu’ils ont com­mencé à tra­vailler lorsque la pen­sée neo-classique et neo-libérale était domi­nante il y a une ving­taine d’années. Depuis, ils en sont tou­jours là, ils n’ont rien appris, cette atti­tude figée des diri­geants est un dogme, dom­ma­geable pour les petits états et pour les peuples qui ont peur pour leur avenir.

On peut com­prendre alors que des mil­lions de per­sonnes entre­tiennent des pen­sées néga­tives concer­nant leur ave­nir et le deve­nir de leurs enfants. Ce n’est pas avec les pen­sées et les sen­ti­ments de déses­poir qu’on peut construire une société juste et saine pour tous. Une puis­sance incon­trô­lée qui n’a de compte à rendre ni aux par­le­ments ni au public, voilà ce qui fait de la Troïka cette puis­sance incon­trô­lable. Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Si les leçons de vie ne sont pas com­prises, des évè­ne­ments tra­giques de la vie se repro­dui­ront jusqu’à ce que les chan­ge­ments pro­fonds pour plus d’équité soient réel­le­ment appliqués.

Entreprendre pour le bien commun

Les oppor­tu­nistes ont essayé dans le passé, tentent à l’heure actuelle et essaie­ront même à l’avenir de satis­faire leurs désirs étroits en gar­dant la race humaine dés­unie. En lut­tant sévè­re­ment contre cette ruse oppor­tu­niste cela vous rap­pro­chera des étran­gers incon­nus vivant loin et per­met­tra de construire une famille saine basée sur un monde humain. Pour aller de l’avant vers cet objec­tif, il s’agit d’abord de démettre les forces brutes, l’arrogance, l’hypocrisie, l’immoralité et les explo­sions désin­voltes des gens prétentieux.

Des par­tis conser­va­tistes aux par­tis pro­gres­sistes, tout le monde est d’accord en France sur la néces­sité de  sim­pli­fi­ca­tion, de flexi­bi­lité, de baisse de la dépense publique, de baisse des impôts. Alors, qu’est-ce qui manque pour pas­ser à l’action ? Des freins existent et se nour­rissent les uns les autres notam­ment l’empilement des struc­tures et des textes qui pro­duit une com­plexi­fi­ca­tion sans pré­cé­dent. Complexification qui, elle-même, mul­ti­plie les occa­sions d’abus et de dérives.

Plus l’écart entre les hauts et les bas reve­nus se fait grand et plus le monde capi­ta­liste libé­ral se rap­proche d’un écla­te­ment dont tout le monde souf­frira. On constate déjà qu’il entraine des failles sociales pro­fondes dans les quar­tiers per­dus de la République fran­çaise et ailleurs dans le monde parmi les nou­veaux pauvres des pays déve­lop­pés. Des rebel­lions éclatent mais la lutte et la guerre ne sont pas syno­nymes. Alors que la guerre naît de la haine, la lutte est une par­tie inté­grante de la vie. Mon expé­rience me montre qu’il n’y a pas de méta­mor­phose sans dou­leur. Chercher à évi­ter la souf­france nous empêche de vivre plei­ne­ment. Il en va de même pour une col­lec­ti­vité, pour vivre mieux il faut prendre le risque de tra­ver­ser de grandes peines. Les der­niers atten­tats, la pau­vreté ou la faillite d’états le prouvent.
Des thé­ra­peutes modernes ont mon­tré, comme Le Mahatma Gandhi, que si vous vou­lez chan­ger le monde exté­rieur, vous devez chan­ger votre monde inté­rieur. En fait, nous ne pou­vons pas nous libé­rer du monde tel qu’il est mais nous pou­vons nous libé­rer de notre monde : la pri­son de nos croyances et de notre ego. La véri­table richesse n’est pas ce que nous pos­sé­dons mais ce que nous sommes dans notre être inté­rieur. Le maga­zine Renaissance Universelle répond à  cette ques­tion pour­quoi moins de reli­gion et plus de spi­ri­tuel  http://www.ru.org/spirituality/spiritual-not-religious-why.html

Il ne s’agit pas pour autant de tout aban­don­ner et vivre sur une île déserte car les tur­bu­lences d’un monde en rapide muta­tion créent des oppor­tu­ni­tés pour tous ceux qui ont l’esprit d’entreprendre pour le bien com­mun. Il ne faut déses­pé­rer de rien, des solu­tions sont pro­po­sées par des groupes de réflexion pour pro­mou­voir des alter­na­tives aux para­digmes socio-économiques capi­ta­listes et com­mu­nistes. Lire des pro­po­si­tions sur ce site www.planete-pour-tous.net. D’autres groupes luttent contre les pou­voirs oli­gar­chiques de pays ou contre les lob­bies qui exercent leur pou­voir sur tout un conti­nent sans tenir compte des peuples.

Un monde plus juste est pos­sible quelles que soient ses croyances à condi­tion que cha­cun fasse une démarche de rééva­lua­tion de ses valeurs actuelles au regard des normes d’éthique et de morale éta­blies pen­dant des siècles de coha­bi­ta­tion entre dif­fé­rents peuples et confes­sions reli­gieuses. Réévaluer ses valeurs per­son­nelles aussi à l’aune de valeurs plus uni­ver­sa­listes que réclament les jeunes qui veulent construire un monde glo­ba­lisé plus éthique et fra­ter­nel. Cela com­mence par le regard que l’on porte actuel­le­ment sur les autres. Entre autres on pour­rait mieux écou­ter ceux qui ont par­ti­cipé à la marche du 11 jan­vier 2015 pour mani­fes­ter leur enga­ge­ment contre le ter­ro­risme et pour la liberté mais qui ne signi­fie nul­le­ment un quel­conque sou­tien aux dérives qui peuvent décou­ler d’une cer­taine concep­tion de la liberté de presse.


Français vivant hors métro­pole, un autre point de vue

Dernièrement des groupes d’islamistes pri­vés de liberté d’expression dans leur pays ont eu des réac­tions vio­lentes en mani­fes­tant contre la cou­ver­ture du jour­nal sati­rique Charlie hebdo qui, faut-il le sou­li­gner, s’annonce lui-même comme un jour­nal irres­pon­sable. Par exemple au Nigéria 10 morts, 45 Eglises, 41 Hôtels et res­tau­rants incen­diés dont des éta­blis­se­ments fran­çais, des bibles bru­lées. C’est un choc des émo­tions du fait du choc des igno­rances. On peut com­prendre qu’un adulte vive mal les reproches qui atteignent son ego cepen­dant la matu­rité devrait conduire à une intros­pec­tion plus pro­fonde de soi et une com­pré­hen­sion plus large des situa­tions pour per­mettre le contrôle de ses émotions.

Alors, cari­ca­tu­ristes et réac­tion­naires vio­lents, des indi­vi­dus déchai­nés et irres­pon­sables ? Dans toute expres­sion, les extré­mistes, avec un crayon ou avec une arme à feu, sont en fait sou­vent en recherche d’estime de soi. Dans les pays à majo­rité musul­mane, le peuple est aussi en recherche d’équité, et d’espérance politico-religieuse. 80% des jeunes de ces pays d’Afrique sont au chô­mage, pas éton­nant que les ados soient atti­rés par les groupes armés extré­mistes Boko Aram. « Quand les gens sont mal­heu­reux et perdent tout espoir de voir venir la fin de leurs tour­ments, ils passent aisé­ment de l’amertume, née de la spo­lia­tion, à la fureur ven­ge­resse et des­truc­trice » (Isaac Asimov). Parfois il est juste que des colères s’expriment lorsque la liberté de conscience ou le prin­cipe divin sont atta­qués mais faut savoir les arrê­ter au bon moment car elles pour­ront nous conduire à des actes que l’on regrette amè­re­ment. Plus de modé­ra­tion sur les cari­ca­tures et res­pect des reli­gions sont néces­saire pour ne pas créer du racisme.

J’ai vécu vingt ans loin de la France en tant qu’expatrié volon­taire et l’universalisme qui vit en moi me dit qu’on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion d’ampleur et en pro­fon­deur sur les phé­no­mènes col­la­té­raux aux atten­tats de por­tée majeure ici et là dans le monde. C’est un choc des civi­li­sa­tions que nous vivons parce que la méthode d’utilisation des poten­tia­li­tés ter­restres et spi­ri­tuelles de l’univers n’a pas varié de la même façon ni à la même vitesse au cours du temps. La méthode de trans­mis­sion des savoirs uni­ver­sels n’a pas été suf­fi­sam­ment pro­gres­siste selon la culture des groupes vivant dans dif­fé­rents envi­ron­ne­ments, à dif­fé­rents endroits de la pla­nète, et la mise en valeur des capa­ci­tés d’épanouissement des indi­vi­dus n’a pas été une prio­rité. L’analyse des faits et l’éducation doivent être une prio­rité par­tout dans le monde.

C’est ainsi que l’analyse de l’histoire récente montre que les Etats Unis et leurs alliés occi­den­taux devraient recon­naitre leur aveu­gle­ment stra­té­gique et l’erreur humaine à aller faire la guerre en Irak. Elle a créé la désta­bi­li­sa­tion de toute cette région et a ouvert la boite de pan­dore de l’horreur en pas­sant de dic­ta­ture à un régime obs­cu­ran­tiste qu’est aujourd’hui ce monstre tota­li­taire dit Daesh. Dans ce mou­ve­ment isla­mique, des musul­mans tuent d’autres musul­mans comme en Europe à l’époque Renaissance les catho­liques ont tués des protestants.

Il faut donc arrê­ter de trai­ter l’autre comme le bar­bare mais essayer de trou­ver le che­min de la rela­tion. Notre culture poli­tique en France est en cause : alors qu’elle devrait nous ame­ner au plu­ra­lisme res­pec­tueux, elle ins­ti­tue le culte de la per­son­na­lité. On devrait créer une dyna­mique de la confiance par des débats apai­sés plu­tôt qu’à ins­ti­tuer des dia­tribes hys­té­riques ou à des dis­cours sou­vent infan­ti­li­sants pour les élec­teurs. Il fau­dra bien accep­ter la situa­tion des migrants à vivre et tra­vailler par­tout dans le monde. Qu’ils soient fran­çais depuis des géné­ra­tions ou qu’ils soient récem­ment éta­blis en France, les fran­çais repré­sentent une nation mul­ti­cul­tu­relle et mul­ti­con­fes­sion­nelle où des gens ont des souf­frances, qu’ils s’appellent Kim, David, Pierre-François ou Mohamed. On ne peut alors faire l’économie d’une réflexion appro­fon­die sur la rela­tion à l’autre et à l’étrangeté qui est en soi cette sorte de peur indé­fi­nis­sable qui  nous poussent à éri­ger des défenses comme l’agressivité, la concur­rence, l’égoïsme ou la déprime.

Derrière chaque défense se cache pour­tant une ter­rible demande d’amour. C’est à cette demande d’amour qu’il faut répondre, qu’il s’agisse de nos rela­tions, de notre tra­vail ou de notre santé. Pas à pas, nous devons apprendre à redé­cou­vrir notre pureté d’origine, où la peur et le juge­ment n’existent pas. Là, le miracle de la trans­for­ma­tion devient possible.

Le savant ou le martyr

Chez cer­taines per­sonnes, cette trans­for­ma­tion passe par des excès voire un paroxysme pour tes­ter les limites de l’horreur. Nous devons aussi com­prendre l’attrait qu’exercent les actes extré­mistes dans le contexte plus glo­bal que repré­sente l’évolution des pra­tiques reli­gieuses et cultu­relles et dans le nou­vel envi­ron­ne­ment média­tique apparu après le 11 Septembre 2001. Cet envi­ron­ne­ment dans lequel les musul­mans de la géné­ra­tion du mil­lé­naire sont confron­tés à des défis iden­ti­taires que leurs parents n’ont pas connus. Nous pou­vons endi­guer cette mon­tée de la radi­ca­li­sa­tion, des hommes comme des femmes, mais pour y par­ve­nir, nous devons trou­ver dès main­te­nant des réponses pertinentes.

Le pro­fes­seur agrégé Soufiane Zitouni, ensei­gnant la phi­lo­so­phie, citoyen fran­çais de culture musul­mane, se demande pour­quoi tant de musul­mans manquent aussi cruel­le­ment d’humour, de recul, de séré­nité dès que l’on touche à un tabou, un inter­dit, un dogme auquel ils sont jalou­se­ment atta­chés. Il fait un com­men­taire d’un livre du psy­cha­na­lyste François Roustang inti­tulé  Comment faire rire un para­noïaque ?  François Roustang y explique que nous avons tous en nous un para­noïaque qui a besoin d’ennemis iden­ti­fiés pour se ras­su­rer quant à son iden­tité propre, parce que ses enne­mis lui servent de «limites» ou de «bornes» (qu’il n’a pas pu se consti­tuer lui-même) lui per­met­tant ima­gi­nai­re­ment de ne pas se diluer en un chaos angois­sant. Et François Roustang ajoute que ce para­noïaque en nous, manque cruel­le­ment d’humour.

Par ailleurs dans son brillant article(2) Soufiane Zitouni démontre l’ignorance de pré­ten­dus savants de l’islam. Il écrit qu’ils sont risibles ces pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur reli­gion et son patri­moine uni­ver­sel ! Mais ils sont risibles tant qu’ils ne passent pas au stade de la kalach­ni­kov ou de l’attentat dit «kami­kaze» pour répondre à ceux qu’ils per­çoivent comme des enne­mis de l’islam. Rappelons-nous que le pro­phète Mohamed lui-même disait que «l’encre du savant est plus pré­cieuse que le sang du mar­tyr».Stéphane Charbonnier (Charb), le direc­teur de Charlie Hebdo assas­siné, avait dans un des­sin envi­sagé l’attaque immi­nente des ter­ro­ristes contre son jour­nal avant la fin jan­vier 2015. Il a mal­gré tout conti­nué à publier des des­sins sati­riques contre le pro­phète de l’islam au nom de la liberté d’expression chère au peuple fran­çais et euro­péen. Si Charb a voulu quit­ter cette vie en mar­tyr, espé­rons que les gens sen­sés qui exercent une influence sur les peuples réa­lisent que lorsque nous ne com­pre­nons pas les leçons de la vie au bon moment, la vie nous fait com­prendre les mêmes leçons à un mau­vais moment.

Il ne s’agit pas tant de trou­ver des bouc-émissaires aux maux de la société que de com­prendre que la croyance en une divi­nité ou un sym­bole ne devrait pas être expri­mée comme un dogme idéo­lo­gique mais comme un sen­ti­ment inté­rio­risé impré­gné d’humilité. Si cette croyance est issue de source recon­nue bien infor­mée et his­to­ri­que­ment bien étayée et si elle est pra­ti­quée avec le res­pect pour les non croyants, cette convic­tion ne peut être atteinte par aucune cari­ca­ture ou menace extérieure.

La laï­cité devrait accueillir la diversité

Toutes les reli­gions peuvent se sen­tir, à un  moment ou un autre, vic­times et voir les autres comme dan­ge­reuses. Dans ce contexte mon­dial, il semble que le point com­mun soit la perte de la trans­cen­dance pour trans­mettre au fil du temps ce que l’on croit sacré. La laï­cité a été inven­tée en France pour sépa­rer les pou­voirs de l’église et les pou­voirs de l’état. L’interprétation de ce prin­cipe est deve­nue com­plexe à tel point qu’on arrive à un laï­cisme inté­griste qui appa­rait comme un nou­veau dogme de la reli­gion des non reli­gieux; alors que la laï­cité devrait être un moyen pour tous de vivre les mêmes choses au même moment et doit s’appliquer à toutes les religions.

Devant les assauts du radi­ca­lisme musul­man et l’exploitation poli­tique des malaises et des peurs liés à l’islam, s’imposait après le 11 jan­vier 2015 un débat digne sur les «valeurs» de la République, sur les racines spi­ri­tuelles de la France, sur la place faite aux reli­gions, sur l’ignorance en par­tie res­pon­sable de la mon­tée des into­lé­rances. Mais ce débat sur les racines a été vite enfoui par les tenants d’un laï­cisme dog­ma­tique qui cherchent à refou­ler le «reli­gieux» de l’espace public. Le jour­na­liste Henri Tincq écrit dans slate.fr que le  dis­cours à la mode, depuis jan­vier, n’est plus celui de la «laï­cité de com­bat», trop éti­queté troi­sième République, mais celui de la «neu­tra­lité reli­gieuse», pro­mue comme une nou­velle caté­go­rie indé­pas­sable. Il affirme que pour faire face aux extré­mismes reli­gieux, la pire méthode serait de ban­nir le reli­gieux de la société. Il faut au contraire l’assumer et l’inclure.

Les visi­teurs anglais, amé­ri­cains et de nom­breuses autres natio­na­li­tés constatent que la France laïque se trouve à des enca­blures de pays anglo-saxons où l’affirmation de l’appartenance reli­gieuse fait par­tie des règles élé­men­taires de socia­bi­lité. Aujourd’hui dans le monde, on réclame plus de dignité humaine, plus de démo­cra­tie, plus de liberté, mais on ne connaît plus la dimen­sion trans­cen­dan­tale qui les fonde. La laï­cité se défi­nis­sait autre­fois comme le rejet de la reli­gion catho­lique. Elle devrait se défi­nir aujourd’hui par l’accueil de la diver­sité comme par exemple la pos­si­bi­lité de choi­sir un repas végé­ta­rien dans la can­tine des écoles.

Mais com­ment igno­rer dans le monde actuel, répond le phi­lo­sophe Paul Thibault, ancien direc­teur de la revue Esprit, que, pré­ci­sé­ment parce qu’elles n’ont plus droit de cité, «les reli­gions se bar­ri­cadent der­rière leurs cer­ti­tudes». La «laï­cité à la fran­çaise» est un acquis irré­ver­sible et béné­fique dans ces temps de remon­tée des inté­grismes. Mais elle ne peut plus igno­rer le mode de vie des alter­mon­dia­listes qui d’un coté sont de plus en plus nom­breux à défendre les inté­rêts de la pla­nète ou de l’autre les reli­gions, qui elles, sont sou­vent pré­sen­tées comme des archaïsmes ou des fer­ments de vio­lence et de ter­ro­risme. Ces reli­gions plus ou moins dog­ma­tiques sont un fait social et col­lec­tif qui ins­pire notre his­toire, nos ori­gines, nos réfé­rences cultu­relles, mais s’éloignent de nos valeurs actuelles de civi­li­sa­tion tour­née vers une renais­sance universelle.

La France est heu­reu­se­ment sor­tie de la tutelle clé­ri­cale, mais elle ne sait tou­jours pas ce qu’elle doit faire de ses «groupes de convic­tion», comme l’observe Jean-Paul Willaime, socio­logue pro­tes­tant des reli­gions. N’est-il pas temps de pas­ser d’une «laï­cité de l’ignorance» à une «laï­cité de média­tion», comme l’écrivait déjà, en 2002, le célèbre rap­port de Régis Debray sur l’enseignement du fait reli­gieux. Soit une concep­tion de la laï­cité qui écoute les Eglises, les reli­gions et les nou­veaux cou­rants de pen­sée spi­ri­tuelle mon­dia­liste, fait pas­ser leurs mes­sages comme pour n’importe quel groupe de la société civile. Si elles ont des infor­ma­tions per­ti­nentes à livrer aux res­pon­sables poli­tiques sur la société, sur l’éducation, sur le sta­tut de l’étranger, sur les ques­tions de la famille, de la fin de vie ou de la bioé­thique, pour­quoi se pri­ver de les entendre?

Et pré­ci­sé­ment parce qu’elles seront davan­tage recon­nues et légi­ti­mées, elles pour­ront mieux contrô­ler leurs propres dérives.

Dans ce monde où les petits conflits du quo­ti­dien et les grands conflits inter­na­tio­naux sur­viennent plus sou­vent, on ne peut plus res­ter laïque ou neutre. La recon­nais­sance réci­proque peut être le prin­cipe majeur qui devrait s’appliquer quelle que soit la com­plexité ame­née par l’ouverture des fron­tières. Cette recon­nais­sance doit favo­ri­ser les échanges réci­proques qui per­mettent de s’entrainer à com­prendre les autres dans leurs dif­fé­rences et de s’adapter pour recon­naitre qu’il n’y a plus une seule vérité.

 

Connaitre nos émo­tions et affron­ter nos peurs 

L’émotion est une façon de réagir propre à cha­cun, dans une situa­tion don­née. Tout le monde éprouve des émo­tions, tou­te­fois, le degré d’émotivité varie d’un indi­vidu à l’autre. Certaines per­sonnes ont plus d’émotions néga­tives que d’émotions posi­tives et inver­se­ment. La peur est comme une toxine qui tra­verse une grande par­tie de notre réflexion. Elle se nour­rit de l’insécurité, le sen­ti­ment de perte, la soli­tude, l’insuffisance et l’attachement. Bon nombre de per­sonnes se tourne vers les pra­tiques reli­gieuses pour tem­pé­rer leurs émo­tions et notam­ment la peur de l’inconnu. Cependant la moi­tié de l’humanité ne pra­tique pas de reli­gion. Il s’agit de trans­for­mer sa peur en moteur car en fait elle est une puis­sante éner­gie.  De plus en plus de gens n’entretiennent plus le moindre rap­port avec la reli­gion de leurs ancêtres ou pra­tiquent encore, mais de façon tiède, sans croire à l’importance cru­ciale de ce qu’ils font, alors qu’ils conti­nuent évi­dem­ment à avoir grand besoin de ten­dresse, de rap­port com­pas­sion­nel, de tolé­rance, d’amour car ce sont là des dimen­sions vitales de la vie humaine.

Frédéric Lenoir(3) dit que Les reli­gions du passé ont en par­tie échoué dans leur mis­sion de conver­tir le cœur de l’homme, parce qu’elles ont pré­féré asseoir leur emprise sur le monde plu­tôt que de ser­vir l’humanité. Elles sont trop sou­vent deve­nues des lieux de pou­voir au pro­fit de diverses com­mu­nau­tés humaines, alors qu’elles devraient être des phares pour le monde entier. Dans la plu­part des pays euro­péens, le reli­gieux reste dans la sphère de la pra­tique reli­gieuse alors qu’en France où les églises sont des déserts, la « reli­gio­sité » est pas­sée dans le dis­cours poli­tique dans lequel ceux qui veulent se faire élire for­mulent des phrases chocs pour plaire à l’électorat, ou lui faire peur de l’opposition pour mieux l’attirer dans ses filets.  L’individu peut-il échap­per à ce com­bat média­tique par­tout pré­sent à nos yeux et nos oreilles ?

Nous sommes de nos jours devant une essen­tia­li­sa­tion d’une huma­nité diverse, pleine d’individus aux sen­si­bi­li­tés dif­fé­rentes. Si beau­coup de monde en France se retrouvent dans des asso­cia­tions ouvertes à tous pour pra­ti­quer une acti­vité com­mune, c’est sou­vent pour sor­tir de leur soli­tude comme d’autres se retrouvent dans des églises, des mos­quées, des temples, des syna­gogues. On constate éga­le­ment que de plus en plus de per­sonnes se tournent vers une spi­ri­tua­lité laïque sou­te­nue par les nou­velles sciences humaines et les pra­tiques comme la sophro­lo­gie, la PNL, le yoga, la médi­ta­tion et autres méthodes recon­nues et orga­ni­sées en clubs par des fédé­ra­tions natio­nales. Elles enseignent que si vous pou­vez gagner sur votre propre men­tal, vous pou­vez gagner sur votre monde par de constants et hon­nêtes efforts.

La spi­ri­tua­lité n’appartient pas un sys­tème reli­gieux ou une phi­lo­so­phie cultu­relle. Elle est une fonc­tion natu­relle vivante de l’être humain. Elle est indé­pen­dante de toute croyance, reli­gion ou dogme. Elle consiste à recon­naitre l’existence de notre Moi véri­table, de notre essence, et à apprendre à nous lais­ser gui­der par elle. Cela néces­site la pra­tique d’une mora­lité spi­ri­tuelle et une éthique éle­vée. Et sur ce point Shrii Shrii Anandamurti pré­cise «  en cas de conflit entre la morale spi­ri­tuelle et la morale simple, le pre­mier est des­tiné à gagner, et la rai­son phy­sique et psy­cho­lo­gique pour la vic­toire de la morale spi­ri­tuelle est la sui­vante: la morale spi­ri­tuelle est une force dyna­mique, et comme c’est une force dyna­mique, elle a une capa­cité inhé­rente à affai­blir l’ennemi « -.
Cet ennemi peut être aussi des croyances que l’on garde en soi. Toutefois on peut être athée et spi­ri­tuel en remer­ciant sin­cè­re­ment au fond de soi la Vie pour les bien­faits qu’elle nous apporte. La Providence se mani­feste quel­que­fois là et au moment où on s’y attend le moins. Il est donc impor­tant de gar­der l’esprit ouvert par un art de vivre au 21ème siècle : être libre de conflits, condi­tion­ne­ments, fausses croyances, et mani­fes­ter son poten­tiel créa­teur « unique ».

De grands phi­lo­sophes occi­den­taux nous disent que pour être vrai­ment libre et deve­nir plei­ne­ment lui-même, un être humain doit cher­cher la vérité sans pré­ju­gés et sans œillères. Ce qui le conduit aussi à remettre en cause, de manière construc­tive, son héri­tage fami­lial et cultu­rel. Dans cet héri­tage nous com­pre­nons aussi la reli­gion et les peurs qui y sont sou­vent asso­ciées. Car à quoi sert une reli­gion si on n’y adhère pas de tout son cœur et aussi de toute son intel­li­gence. L’homme doit donc remettre en cause les dogmes et les croyances héri­tés de ses pères. Quitte ensuite à  se les réap­pro­prier. Mais ce sera alors un choix per­son­nel, libre et conscient de l’interdépendance des nations et des cultures au XXIème siècle pour vivre har­mo­nieu­se­ment nos dif­fé­rences sur cette pla­nète Terre.

Quelles que soient nos croyances, plu­tôt que se recro­que­viller sur notre peur des autres, il faut être plus altruiste, plus en accord avec les membres de sa famille, avec ses voi­sins ou avec les col­lègues du lieu où l’on tra­vaille. Voilà qui est essen­tiel. On ne devrait pas s’endormir sur des cer­ti­tudes acquises, mais recher­chez tou­jours la vérité car la liberté com­mence là où l’ignorance finit. Actuellement on constate chez les musul­mans de France comme chez les non musul­mans une mécon­nais­sance du régime de la laï­cité. Il s’agit que cha­cun fasse l’effort de s’adapter pour recon­naitre qu’il n’y a plus une seule vérité.

Toutes les écoles du monde devraient favo­ri­ser les échanges réci­proques les plus larges pos­sibles qui per­mettent de s’entrainer à com­prendre les autres dans leurs dif­fé­rences et que l’attitude des autres n’est que le reflet de ce que l’on est à l’intérieur de soi-même.

L’Education pour tous, c’est fabri­quer de l’Union

Des jeunes au chô­mage dans les pays occi­den­taux sont satu­rés par l’environnement consu­mé­riste et ne voient pas leur ave­nir dans une société où il n’y a pas d’idéal pour le monde. Ils se tournent alors vers les mou­ve­ments fon­da­men­ta­listes musul­mans qui leur font croire qu’en s’impliquant acti­ve­ment à « la guerre sainte », ils par­ti­cipent à la grande Histoire de l’humanité. Mais peut-on en vou­loir à ces jeunes qui ont reçu une « édu­ca­tion » par les médias, notam­ment ceux qui font l’apologie du mal pro­pa­gée dans les séries télé vue par des mil­lions de spec­ta­teurs en direct ou en « replay » sur inter­net. Ces feuille­tons et autres pro­gramme de télé­réa­lité qui bana­lisent la parole agres­sive et les actes immo­raux nour­rissent l’imaginaire et pol­luent le men­tal des jeunes en manque de repères. L’éducation n’est pas le rem­plis­sage d’un seau, mais doit être l’éclairage d’un feu pour tous.

Chacun à un rôle à jouer pour construire une société saine et s’il peut arri­ver que les autres nous traitent comme moins qu’ordinaire, essayons de le voir comme une oppor­tu­nité que nous devons réa­li­ser notre vraie valeur. Nous fai­sons les choses pas pour faire plai­sir aux autres ou pour prou­ver qu’ils ont tort, mais pour deve­nir plus riche spi­ri­tuel­le­ment dans le pro­ces­sus. La réa­li­sa­tion de soi n’est pas mesu­rée par le QI ou même par le Quotien Emotionnel mais elle vient embras­ser la vie dans toute sa plé­ni­tude. Je  crois que c’est ainsi que nous gran­dis­sons en sta­ture en tant qu’êtres humains.

Il s’agit de faire res­sor­tir les fausses croyances qui nous bloquent dans des com­por­te­ments nocifs et de rendre plus consis­tant le concept de citoyen­neté pour tous. C’est pour­quoi de plus en plus de lea­ders reli­gieux et laïcs dans le monde incitent à revi­si­ter l’éducation pour tous, à tout âge, à l’école, et aussi dans les asso­cia­tions de quar­tier. Dans chaque famille faire l’éducation pour que l’humanité redé­couvre des valeurs morales essen­tielles afin de construire un monde où il soit pos­sible de vivre ensemble: le res­pect de l’autre, la jus­tice, l’amour, la vérité… Il faut aussi aller cher­cher des réponses dans l’utilisation qui est faite d’internet et autres nou­veaux médias. Cette toile mon­diale, qui accé­lère le temps, peut être le meilleur outil d’éducation pour éclai­rer les consciences mais aussi le pire moyen pour pro­pa­ger l’horreur. Que ce soit Daesh, des poli­ti­ciens ou des acteurs, tous en usent pour créer des émo­tions fortes, pour faire pas­ser un mes­sage ou une volonté. Il est urgent d’apprendre à l’école à lire inter­net et à l’utiliser avec discernement.

Dans le chan­ge­ment, nous avons besoin de guides res­pon­sables de la trans­mis­sion d’un savoir. Ceux-ci doivent consi­dé­rer que nous avons tous besoin de recon­nais­sance, nous ne sup­por­tons pas qu’on nous cri­tique et qu’on nous insulte mais ce besoin et cette aver­sion règnent en tyran à l’intérieur de nous. Nous sommes tous en quête d’un regard appro­ba­teur, d’une bonne répu­ta­tion. A l’inverse nous sommes bou­le­ver­sés par un reproche, même s’il vient d’un inconnu. Ce com­por­te­ment est nor­mal dans l’enfance mais ce qui est ordi­naire chez l’enfant ne l’est pas chez l’adulte. D’autant moins si ces adultes sont insé­cu­ri­sés par un manque de repères intel­lec­tuel ou phi­lo­so­phique ou par un manque d’enseignements spi­ri­tuels qui n’aient pas été défor­més au cours de la trans­mis­sion ou inter­pré­tés par dif­fé­rents cou­rants de pensée.

N’en déplaise à ceux qui vou­draient voir se des­si­ner dans le chaos du monde une guerre de civi­li­sa­tions entre l’occident chré­tien et le monde arabo-musulman, les rap­ports de l’ONG Human Right Watch montrent que les pre­mières vic­times de Daesh et Boko Aram sont musul­manes. C’est pour­quoi le Président Égyp­tien Al-SISI durant son allo­cu­tion le 28 décembre 2014 aux savants musul­mans de l’Université d’AL-Azhar en Égypte ose dire avec cou­rage le besoin d’un chan­ge­ment dans la reli­gion parce que la nation isla­mique est déchi­rée par l’extrémisme.

Mon pro­pos n’est pas ici de hié­rar­chi­ser ou d’entrer en guerre des valeurs mais bien d’essayer de com­prendre ce qui nous sépare et en quoi nous sommes récon­ci­liables ou au moins connec­tables. Il s’agit d’entrer dans le détail pour dis­si­per les mal­en­ten­dus voire l’ignorance sans perdre de vue les prin­cipes uni­ver­sels qui régissent le monde. Je pense pour ma part que nous sommes tous reliés, non seule­ment les uns aux autres mais éga­le­ment à notre Moi supé­rieur et à tout l’Univers. Pouvoir res­sen­tir cette connexion nous per­met de nous éle­ver au-dessus des tra­cas de la vie quo­ti­dienne pour avoir une plus grande pers­pec­tive. Cela nous ouvre éga­le­ment à une spi­ri­tua­lité laïque qui peut appor­ter le récon­fort et la joie dans notre vie.

Créez le monde para­di­siaque dont vous rêvez !

Par expé­rience, je rejoins bon nombre de phi­lo­sophes de tous les temps pour dire que le plus impor­tant est que l’on devient ce à quoi on pense le plus sou­vent. Prabbat Rainjan SARKAR, auteur de la Théorie socio-economique de l’Utilisation Progressiste des biens (prout en anglais)  ajoute que « dans la Nature de l’être humain il y a une soif d’infini. » et Frédéric Lenoir phi­lo­sophe et pra­ti­cien néo-humaniste de pour­suivre «La connais­sance de vous-mêmes et du monde vous ren­dra libres et capables de faire les justes choix pour mener une vie bonne. Mais rappelez-vous que la connais­sance de soi est la plus impor­tante. C’est pour­quoi un ancien Maître de la sagesse disait : « Connais-toi toi-même, et tu connai­tras le monde et les dieux » (ins­crip­tion du Temple de Delphes). Cette connais­sance devrait inclure le fait que les capa­ci­tés de cha­cun ne sont pas limi­tées mais que l’on peut chan­ger grâce aux prin­cipes uni­ver­sels de l’attraction. 

Quand on s’engage sur le che­min spi­ri­tuel, on est sou­vent incom­pris, par­fois accusé de deve­nir égo­cen­trique. Ceci n’est plus vrai lorsque notre pra­tique n’est pas dog­ma­tique, qu’elle n’est pas empreinte de bigo­te­rie mais que l’on réa­lise vrai­ment que le  moi  change et en per­dant ses fron­tières, il se mêle au cou­rant de la vie. A ce moment là, tout ce qui est autour devient une exten­sion de soi-même. Lorsqu’on a atteint ce point on res­sent la joie ou la dou­leur de l’autre comme la sienne propre et enfin on com­prend qu’une sym­pa­thie com­mune relie tout le monde. Personne ne peut vous empê­cher de vivre cette vérité à votre manière. L’intérêt change d’objet, tourné aupa­ra­vant vers le « moi », il com­mence à se diri­ger vers le « nous », la conscience col­lec­tive qui relie tout le monde. Sur le plan pra­tique cela signi­fie recher­cher les objec­tifs pri­maire que sont : l’accord, le consen­sus et la réconciliation.

J’ai occupé de nom­breux emplois variés et j’ai tra­vaillé dans dif­fé­rentes par­ties du monde, je peux affir­mer que si nous pre­nons le risque de connaitre, de mar­cher, de par­tir, de chan­ger, la vie nous gui­dera tou­jours vers le meilleur. Je pense qu’il faut apprendre non seule­ment à se libé­rer de tout ce qui nous limite et nous condi­tionne dans notre corps et notre psy­chisme, mais aussi du condi­tion­ne­ment fami­lial et social dont nous avons hérité. Il vient un âge où l’adulte doit pas­ser au crible de sa rai­son et de l’expérience tout ce qui lui a été trans­mis pour en véri­fier le bien-fondé. C’est néces­saire à la quête de la raison-sagesse parce que chaque groupe humain trans­met des croyances et des valeurs qui lui sont propres, mais qui ne sont sans pré­ju­gés ni sans à priori. Certaines d’entre elles sont erro­nées, d’autres inadap­tées aux défis du temps pré­sent, d’autres limi­tées, d’autres encore inap­pro­priées au carac­tère ou au des­tin de cer­tains indi­vi­dus. Afin de sor­tir des dogmes plus ou moins ancrés pour se pro­té­ger des influences de la diver­sité, il s’agit de recher­cher ce qu’il y a de com­mun dans les êtres humains.

Mon expé­rience m’a per­mis de véri­fier l’adage ‘quand on veut, on peut’ quel que soit son ori­gine ou son groupe d’appartenance. Même dans les cités de ban­lieues répu­tées dif­fi­ciles, cha­cun peut et doit faire sa part d’efforts pour sor­tir de sa condi­tion sociale. Il y a un devoir de pro­grès per­son­nel comme l’exprime Jacques Attali dans son livre Devenir soi(Fayard) pour ne pas deve­nir un résigné-réclamant «  Prenez le pou­voir sur votre vie. Il est pos­sible, où que l’on soit, qui que l’on soit, de faire le métier dont on rêve, d’apprendre ce qu’on veut apprendre, de choi­sir libre­ment son appa­rence, ses amours, sa sexua­lité, son lieu de vie, sa langue, de trou­ver et d’assumer qui on est vrai­ment. »  De nom­breux exemples montrent que des jeunes issus de famille modeste peuvent réa­li­ser des réus­sites pro­fes­sion­nelles et sociales élevées.

Qu’est-ce qui nous empêche d’avancer ?

C’est bien beau tout ça, on a envie de faire des choses posi­tives mais quel­que­fois notre men­tal nous freine, je suis un être humain tout à fait capable de réa­li­ser ce que je décide vrai­ment de réa­li­ser. Je contiens la vie en moi, qui me tra­verse, me sou­tient, m’anime. Alors, qu’est-ce qui m’arrête ?  Mes croyances ! Oui, ce sont mes croyances limi­tantes, sur­tout les sour­noises, celles que je ne vois pas, celles qui pré­tendent me « pro­té­ger » parce que les « risques » que je vou­drais prendre me sor­ti­raient de ma zone de confort et que j’ai peur de l’inconnu ! Ou plu­tôt, mon ego a peur de l’inconnu.

Alors je mets l’ego de côté, tel un singe facé­tieux que j’attache à son poteau. La culpa­bi­lité me fige­rait sur place et, de toute façon, un autre singe ven­geur appa­raî­trait, parce qu’on ne peut jamais se débar­ras­ser de cet encom­brant com­pa­gnon de voyage. Je caresse mon singe facé­tieux dans le sens du poil, je l’accepte tel qu’il est, je lui parle gen­ti­ment et je le mets de côté. Ainsi la voie se dégage.

Maintenant que j’ai neu­tra­lisé mon ego, que suis-je censé faire ?

Repérer les situa­tions de votre vie où vous usez déjà de votre Pouvoir Personnel va vous per­mettre de mieux l’apprivoiser et par consé­quent de mieux le déployer. Repérer les situa­tions de votre vie où, à l’inverse, vous négli­gez votre pou­voir inté­rieur vous per­met­tra de com­men­cer à mieux l’utiliser.

Le Pouvoir Personnel n’est pas la volonté abso­lue de domi­ner autrui. Comme l’écrit Paulo Coelho, « Celui qui est capable de maî­tri­ser son coeur est capable de conqué­rir le monde ». On ne conquiert pas le monde en ten­tant de mai­tri­ser les autres. On le conquiert en se mai­tri­sant soi-même. Ainsi, déployer son Pouvoir Personnel implique d’apprendre à se connaître soi-même, à se domi­ner soi-même et à opti­mi­ser ses com­pé­tences et non d’aller s’occuper des affaires des autres pour essayer de les diriger.

Le Pouvoir Personnel n’est pas non plus « être prêt à tout pour atteindre ses buts au mépris des autres ». Le Pouvoir Personnel n’a rien à voir avec la mani­pu­la­tion des autres et le dédain de leurs inté­rêts pour atteindre nos propres fins. Au contraire, plus votre Pouvoir Personnel aug­men­tera, plus il vous per­met­tra de prendre en consi­dé­ra­tion les besoins des autres et de les inté­grer faci­le­ment dans l’atteinte de vos rêves.

Alors oui, main­te­nant je suis aux com­mandes de ma vie, oui c’est ma tête pen­sante qui choi­sit mes buts avec bon sens et joie. C’est moi et per­sonne d’autre qui suis res­pon­sable de mon bon­heur – et de mon mal­heur.  J’accepte aussi que je puisse être lumineux(se) ET  réussir.

 

Le vivre ensemble est-il pos­sible par­tout et avec tout le monde?

Oui, à condi­tion de se déta­cher de son ego dit Sylvie Roche sur son site aimer-la-vie.com. Penser que nous ne sommes pas le centre du monde et que les évè­ne­ments ou les atti­tudes de ceux qui nous entourent sont bien rare­ment diri­gées contre nous. Quelqu’un peut nous faire du mal, on peut connaître l’injustice ou la perte, on peut man­quer d’amour… mais c’est notre manière de rece­voir les actes d’autrui qui génère de la souf­france… ou pas.

La plu­part du temps, celui qui fait souf­frir souffre lui-même et “arrose” ceux qui sont autour de lui de sa souf­france. Le meilleur moyen de se pro­té­ger est sans doute de consi­dé­rer que les paroles d’une telle per­sonne sont des mots qu’elle se dit à elle-même. On com­prend mieux sa souf­france ainsi et on ne se sent pas tou­ché. Cette atti­tude per­met aussi de sur­mon­ter les injus­tices. C’est essen­tiel quand on sait qu’elles ont un fort pou­voir toxique sur l’estime de soi. Bizarrement, la vic­time d’une injus­tice peut se sen­tir cou­pable et hon­teuse. Avoir conscience que ce n’est pas elle en tant qu’être qui est visée lui per­met­tra de ne pas perdre confiance en elle et de faire valoir ses droits.

L’acceptation revient donc tout sim­ple­ment à lâcher prise et à accueillir la réa­lité… non telle qu’on la vou­drait mais telle qu’elle est. L’intérêt d’une telle atti­tude est de nous “décro­cher” de la souf­france, tou­jours liée au refus des faits et de l’environnement, humain ou non. Et de gar­der l’esprit clair afin de sor­tir rapi­de­ment d’une situa­tion douloureuse.

Comment per­mettre à cha­cun, quelles que soient son ori­gine et ses croyances, de s’intégrer dans une société, de vivre ensemble dans une nation et une répu­blique mul­ti­co­lores et mul­ti­cul­tu­relle ? Olivier Bobineau(4), socio­logue des reli­gions et de la laï­cité dit « Je défends aujourd’hui la notion de « créo­li­sa­tion » des iden­ti­tés, qui peut se défi­nir comme la ren­contre de dif­fé­rentes cultures en un lieu pré­cis, géné­rant de la confiance, de la paix, autour du lan­gage et d’une inter­cul­tu­ra­lité. Ce n’est pas de l’idéalisme : il existe beau­coup d’exemples de « créo­li­sa­tion ». C’est une autre manière d’envisager le modèle d’intégration répu­bli­caine. On ne peut pas com­plè­te­ment igno­rer l’identité, l’histoire, l’émotion des indi­vi­dus. Elles pour­raient être prises en compte dès lors qu’elles ne troublent pas l’ordre public et ne remettent pas en cause le régime de la laïcité ».

Pour réa­li­ser ce chan­ge­ment il faut de la bien­veillance col­lec­tive, des efforts de cha­cun et de la rigueur per­son­nelle. Permettre la ren­contre de socia­li­sa­tion dans chaque quar­tier devrait être une atti­tude spon­ta­née. Il fau­drait créer davan­tage d’écoles des parents, accueillantes pour toutes les familles. Pour les plus modestes, sous forme d’atelier de savoirs socio­lin­guis­tiques, ou des cours de fran­çais langue étran­gère, pour favo­ri­ser une meilleure inté­gra­tion des peuples d’origine variée vivant en France.

J’ai vu dans ce type de cours et ate­liers que j’anime, les par­ti­ci­pants de dif­fé­rentes cultures et de croyances très dif­fé­rentes s’entraider. Je pense qu’à terme les mono­théismes n’ont pas d’autre solu­tion que de se récon­ci­lier avec le cos­mos. De se régé­né­rer et d’accepter l’évolution au lieu de la nier. De faire voler en éclats les bar­rières de paco­tille entre la reli­gion et l’univers. Dans le micro­cosme en cha­cun nous et le macro­cosme dans l’espace illi­mité, nous ne sommes pas seuls et sans aide, la Force qui guide les étoiles nous guide aussi (P.R. Sarkar). Il suf­fit de s’y connec­ter avec humi­lité et per­sé­vé­rance pour deve­nir soi et mieux com­prendre les autres.

Le suc­cès est à por­tée de tous, chaque être est doté d’un don qui lui per­met d’être un sou­tien, une conso­la­tion et une lumière pour les autres. Et cha­cun pré­sente aussi en lui une faille, une fêlure, une fra­gi­lité qui réclame l’aide d’autrui. Il convient alors de consi­dé­rer les autres comme une exten­sion de soi-même. Et par là même l’empathie devient le talent le plus pré­cieux de l’être humain. L’écoute, la gen­tillesse, l’humour mettent de l’huile dans les rouages de la communication.

Peut-on rire de tout, avec n’importe qui ?

Ce fai­sant, n’oublions pas que rien n’est pire qu’un homme sans humour, qui ne voit dans l’existence que le sérieux, le tra­gique ou l’utile. L’humour ne sert à rien, mais il n’y a rien de plus indis­pen­sable à une exis­tence heu­reuse. Pour cer­tains, rire en groupe des choses simples, banales, peut être même une thé­ra­pie qui contri­bue au déve­lop­pe­ment per­son­nel. Rire de soi est un signe de bonne santé. Mais si l’humour revêt une forme de vio­lence, doit-on réagir par la vio­lence ? Pas avec n’importe qui semble dire le pape François 1er: « On ne peut pas réagir avec vio­lence. Mais si mon grand ami insulte ma maman, alors il peut s’attendre à rece­voir un coup de poing».  ». Un coup contre le carac­tère blas­phé­ma­toire de Charlie Hebdo et non entre « intou­chables » ! En tous cas, l’humour per­met de mieux accueillir les évè­ne­ments dif­fi­ciles qui surviennent.

Une mère ser­monne son gar­çon : Si tu n’es pas sage, tu n’iras pas au ciel.
–  Le ciel gris ou le ciel bleu ?
–  Ecoute, si tu n’es pas sage, tu iras en enfer
Le gar­çon réflé­chit quelques secondes :
–  Et qu’est-ce que je dois faire pour aller au cirque ?

Des notions reli­gieuses s’imprègnent dans notre vie sans y prê­ter atten­tion. Le fait reli­gieux per­dure dans toutes les cultures et pour­tant concer­nant Dieu ou l’Absolu, nul ne peut en avoir une claire com­pré­hen­sion, nul ne peut pré­tendre les pos­sé­der car elle échappe à notre enten­de­ment. Nul ne peut chan­ger seul la vie et le monde, mais cha­cun peut chan­ger ses croyances et sa façon de vivre. Ce qui est trans­mis dans chaque culture ou civi­li­sa­tion n’est tou­jours qu’un point de vue par­tiel et limité. Ceux qui sont enfer­més dans une pos­ture dog­ma­tique sont sûrs du contraire et leur cœur ne peut accueillir la vie avec humi­lité et com­prendre les autres dans un véri­table res­pect. Le bon­heur et le mal­heur sont à l’intérieur de nous. Le para­dis et l’enfer n’existe qu’en nous.

Rappelons enfin que le jour­nal Charlie Hebdo qui cri­ti­quait le dis­cours de masse, qui contes­tait les pou­voirs en place et les sym­boles, n’était jusqu’en décembre 2014 sou­tenu que par peu de lec­teurs. Cette publi­ca­tion sub­ver­sive n’apporte que peu de contri­bu­tion à l’élévation de la conscience col­lec­tive vers un monde plus fra­ter­nel. Contrairement au grand socio­logue Marcel Mauss, moins connu actuel­le­ment que le jour­nal pré­cité, qui concluait ainsi son Essai sur le don publié en 1925: « Soit les hommes s’écartent, se méfient, et c’est la guerre. Soit ils se traitent bien, se confient et c’est la paix ».

Evitons donc la cri­tique sys­té­ma­tique, non construc­tive et qui va à l’encontre des normes éthiques et morales. Evitons les insultes balan­cées à tous vents qui sont sou­vent l’expression de nos manques et de nos fai­blesses. Il s’agit plu­tôt de chas­ser le doute qui nous rend inca­pables de faire confiance à nos propres capa­ci­tés ; qui nous rend inca­pables de nous appuyer sur les autres et de sai­sir les mains ten­dues ; qui détruit la foi spon­ta­née que l’enfant, à l’intérieur de cha­cun de nous, a envers la vie et qui est un don si précieux.

L’estime de soi pro­gresse de concert avec nos actions quo­ti­diennes de ser­vice aux autres dans un esprit dés­in­té­ressé, pour s’entraider vers une meilleure confiance en soi et en l’autre. Quelles que soient notre ori­gine, nos croyances, notre reli­gion, nos pas­sions, le che­min d’élévation pour soi, pour l’humanité et pour la pla­nète, c’est d’apprendre constam­ment, c’est sor­tir de votre zone de confort. L’ego doit être au ser­vice de l’âme et non l’inverse. Et en lais­sant briller notre propre lumière, nous don­nons incons­ciem­ment aux autres la per­mis­sion de faire de même. En nous libé­rant de notre propre peur, notre rayon­ne­ment auto­ma­ti­que­ment libère les autres (5).  Il suf­fit de le vou­loir vrai­ment soi-même et de le déci­der ensemble de toutes parts en ce monde. Ce fai­sant, nous pou­vons construire une vraie Renaissance Universelle.

Henry Darmony
Janvier 2015

(1) Alain Boudet, Docteur en Sciences Physiques et thé­ra­peute psycho-corporel, Enseignant

(2) Paru dans le jour­nal libé­ra­tion du 14 jan­vier 2015

(3) Ses ouvrages et confé­rences sur www.fredericlenoir.com

(4) Olivier Bobineau est l’auteur de plu­sieurs ouvrages, dont Musulmans, une menace pour la République ? (Desclée de Brouwer, 2012) et l’Avenir en ques­tion : la fin des pro­messes ? Religion et poli­tique face à l’imprévisible (Armand Colin, 2013)

(5) Marianne Williamson, confé­ren­cière inter­na­tio­nale, est à la tête de nom­breuses asso­cia­tions d’aide aux malades et déshé­ri­tés, et pré­side l’Alliance pour la paix, une asso­cia­tion à but non lucra­tif qui vise à insuf­fler plus de spi­ri­tua­lité dans la politique.

 

Vous aussi vous vou­lez chan­ger le monde ?

Enfin, vous aime­riez bien… alors rejoi­gnons le ques­tion­ne­ment de Nathalie Decottégnie (etreproactif.com):

  • Quel tout petit pas allez-vous faire aujourd’hui pour vous rap­pro­cher de votre véri­table nature, de vos vraies envies qui ne demandent qu’à émerger ?
  • Quelle année allez-vous vous créer qui soit digne de vos idéaux, de vos rêves ?
  • Quelle « vraie vie » allez-vous vivre vraiment ?
  • quels plai­sirs authen­tiques allez-vous vous accor­der, ceux qui vous font vibrer ?
  • Quelle idée vous tra­verse là tout de suite ? (et où vous enten­dez la phrase trai­tresse :  « non, ce n’est pas rai­son­nable, non pas pos­sible  » …) (c’est jus­te­ment là qu’il vous faut creuser).
  • Quel grand désir vous fait peur ? Là où est votre plus grande peur, là est aussi votre plus grande source de joie (lorsque vous aurez tra­versé la peur).

« Human society is one and indi­vi­sible. Keeping this supreme truth ever fixed in one vision, One will have to think of pro­mo­ting human wel­fare and love for huma­nity.   – Shrii P.R. Sarkar

 

La chute du capi­ta­lisme est-elle inéluctable ?

Ce monde est en souf­france, il va de plus en plus mal. Et il est urgent d’ouvrir les yeux à ce pro­pos ! Réchauffement cli­ma­tique, désastre éco­lo­gique, agri­cul­ture et éle­vage inten­sifs, sur­mé­di­ca­li­sa­tion, extré­mismes reli­gieux et / ou poli­tiques, crise éco­no­mique, « fli­cage » (bio­mé­trique notam­ment), for­ma­tage des esprits et des consciences laissent pré­sa­ger des catastrophes.

Des temps dif­fi­ciles se pré­parent et même, ils sont déjà là. La « crise » actuelle n’est que l’avant-goût d’un choc impor­tant entre peuples et nations, reli­gions et cultures.

Concernant l’économie, il est impor­tant de poser les pro­blèmes de manière réelle et concrète certes mais on doit l’aborder en y intro­dui­sant de l’éthique, de la morale. A contra­rio, pen­ser que l’économie est une science, c’est un acte théo­lo­gique voire reli­gieux. En fait, les pro­ces­sus éco­no­miques sont tous indis­so­cia­ble­ment, his­to­riques, cultu­rels, sociaux, politiques.

En éco­no­mie, nous sommes arri­vés à un point de bifur­ca­tion entre deux points de vue:

-          On peut pen­ser le capi­tal comme patri­moine avec la pos­si­bi­lité d’interroger les inéga­li­tés elles-mêmes, mais cela ne per­met pas de por­ter la ques­tion au cœur du capitalisme.

-          On peut pen­ser le capi­tal comme rap­port social de domination.

L’inégalité de la pro­priété du capi­tal n’est pas seule­ment en termes d’argent et de pou­voir d’achat, c’est d’abord une inéga­lité de pou­voir qui se joue dans les rela­tions, dans le finan­ce­ment des par­tis mais aussi dans les rela­tions inter­en­tre­prises selon le pou­voir de pro­priété au sein de l’entreprise.

On sait que les rela­tions de pro­priété sont com­pli­quées et tou­jours vio­lentes. Pour dépas­ser la notion de pro­priété pri­vée et reprendre le contrôle du capi­ta­lisme il faut la trans­pa­rence dans les comptes de la société, dans la ges­tion de l’entreprise. Pour bien vivre dans une société apai­sée, il fau­drait une plus grande impli­ca­tion des sala­riés dans les conseils d’entreprise avec un droit de vote suffisant.

On a besoin aussi d’égalité face à l’impôt, de la jus­tice fis­cale et finan­cière sur les reve­nus du patri­moine. C’est dans ces condi­tions qu’on obtient une plus grande impli­ca­tion des sala­riés qui peuvent s’appuyer sur cette trans­pa­rence pour atteindre un par­tage du pou­voir au sein des entre­prises privées.

Le capi­ta­lisme mérite t-il seule­ment une bonne correction ?

Chaque société construit sa notion du capi­tal, il n’y a pas de capi­tal natu­rel, ce sont des rap­ports de pro­priété. Dans la pro­priété de res­sources natu­relles ou intel­lec­tuelles il s’agit de répar­tir les pou­voirs avec les ayant droits en étant vigi­lant sur les déten­teurs qui ont ten­dance à vou­loir défendre leur exten­sion à leurs droits de pro­priété au nom de l’intérêt géné­ral avec par­fois un degré de mau­vaise foi qui dépasse l’entendement car il est assez consi­dé­rable. Il faut alors revoir le pou­voir et la gou­ver­nance dans l’entreprise à la racine avec le droit de vote des sala­riés et des appor­teurs de capi­tal au conseil d’administration selon un modèle de société coopérative.

Les entre­prises jouent le jeu du capi­ta­lisme les unes contre les autres.

Le dis­cours néo libé­ral qui s’y entend dans le tra­ves­tis­se­ment de la réa­lité a sa manière bien à lui de dire les choses : attrac­ti­vité du ter­ri­toire. Ce qui revient à dire la red­di­tion de la puis­sance publique à la puis­sance pri­vée au nom du capi­tal. Ainsi les diri­geants d’entreprises font du chan­tage en disant bais­sez les impôts sinon je m’en vais à l’étranger, don­nez nous la flexi­bi­lité de l’emploi sinon je ferme ma boite, etc.

Les diri­geants des grandes entre­prises ont les moyens de ce chan­tage car ils pos­sèdent les moyens objec­tifs de ces pres­sions tels qu’ils sont dépo­sés dans la struc­ture du capi­ta­lisme et la puis­sance du capi­tal. Le pou­voir poli­tique est dès lors amoin­dri, doit-il pour autant se rou­ler par terre au pied d’un grand domi­na­teur ? Les capi­ta­listes ne bou­ge­ront pas pour sti­mu­ler l’économie tant qu’ils auront le sen­ti­ment qu’ils peuvent obte­nir davantage.

Quel que soit le sys­tème poli­tique au pou­voir dans chaque pays de l’Europe, le régime ins­ti­tu­tion­nel de l’Europe actuel empêche de mettre fin aux injus­tices de l’optimisation fis­cale qui fait fuir les capi­taux vers un autre pays que celui où ils ont été généré. Quelque soit le parti poli­tique au pou­voir, il se com­porte de la même façon qu’un autre et finit par se mettre dans cette stra­té­gie de vou­loir sau­ver sa peau en essayant de trou­ver sa niche dans le sys­tème de domi­na­tion glo­bal ; sauf que l’avenir n’est pas dans l’évasion fis­cale mais dans redis­tri­bu­tion équi­table des biens à ceux qui ont contri­bué à les produire.

Il faut être beau­coup plus sévère sur les grands groupes qui ont un abus de posi­tion domi­nante et qui abusent de leurs pou­voirs comme Microsoft, Amazon, Google et d’autres grandes mul­ti­na­tio­nales. Les forces éco­no­miques ne peuvent pas se régu­ler toutes seules. L’Europe et les Etats-Unis d’Amérique devraient éta­blir des règles fis­cales pour évi­ter l’indécence qu’est la fuite vers un autre pays pour échap­per à l’imposition sur le patri­moine phy­sique et financier.

Les chan­ge­ments viendront-ils d’eux-mêmes ?

Tant qu’on n’a pas la pos­si­bi­lité sur un petit noyau de pays euro­péen de prendre des déci­sions à la majo­rité, il n’y a aucune chance que cela change. Cette situa­tion est pro­duite par l’absence d’institutions démo­cra­tiques au niveau euro­péen avec une com­mu­nauté poli­tique inté­grée euro­péenne véritable.

Pour relan­cer l’économie, il faut faci­li­ter l’entrée sur le mar­ché de nou­veaux entre­pre­neurs par moins de régle­men­ta­tions, par une admi­nis­tra­tion effi­cace qui encou­rage à la créa­tion d’emploi. Au lieu d’une aus­té­rité bud­gé­taire, il faut libé­rer les prêts ban­caires et autres fonds pri­vés pour sti­mu­ler la créa­ti­vité indi­vi­duelle et la crois­sance de l’économie réelle.

Tant que la com­pé­ti­tion entre pays / conti­nents est exa­cer­bée par des forces finan­cières domi­nantes et que l’écart entre les riches et les pauvres ne sera pas réduit à une dimen­sion plus morale, le monde sera de plus en plus en dés­équi­libre, ce qui génère des conflits incon­trô­lables. Le sys­tème capi­ta­liste ultra libé­ral ne sur­vi­vra pas aux contes­ta­tions des peuples lut­tant contre l’injustice et contre les blo­cages par une alliance entre le poli­tique et l’oligarchie capitaliste.

Cette alliance se ren­for­cera car on ne peut croire que les diri­geants de ce monde n’aient pas prévu de plan B. La crise finan­cière et éco­no­mique récente n’a-t-elle pas été récu­pé­rée pour ser­vir de pré­texte à une reprise en main « mus­clée » de cette der­nière ?
Cependant un nou­vel ordre mon­dial pour­rait être favo­risé par un phé­no­mène astro­phy­sique ayant des réper­cu­tions cli­ma­tiques d’une ampleur consi­dé­rable, met­tant à mal les forces de l’ombre.
Auquel de ces deux groupes appartiendrez-vous ce jour-là ?

Pour y réflé­chir, des solu­tions sont pro­po­sées dans la Théorie de l’Utilisation Progressiste dont vous pou­vez lire des extraits sur www.planete-pour-tous.net

Henry Darmony
23 mars 2015

«  As mate­rial wealth is limi­ted, over-abundance for one leads to crip­pling scar­city for others. These infi­nite human lon­gings can be ful­filled only through psy­chic and spi­ri­tual wealth  ». (Prabbat Rainjan SARKAR)

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